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bousser5

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: 01/06/2008

:     28 2008 - 11:25

par Mohammed Gutarni*

[Ibn-Khaldoun], cest une gloire du Maghreb.

Le vizir Ibn-El-Khatib.



Une des plus grandes personnalits de tous les temps.

F. Rosenthal.


Abdel Er-Rahman Ibn-Khaldoun (1332-1406) reste le plus connu des historiens arabes. Son nom seul voque tout un pass majestueux du savoir arabe dont les Arabes en restent fiers. Il a su, son poque, concevoir une vritable philosophie de lHistoire, jamais conue avant lui, ni dans le temps, ni dans lespace.

Cest pourquoi, pour beaucoup de philosophes, dhistoriens, de sociologues, Ibn-Khaldoun est un miracle arabe.

Durant lpoque mdivale arabe, la pense dIbn-Khaldoun na pas trouv dautres savants arabes pour prendre le relais. Les chefs de lpoque vaquaient leurs rivalits intestines pidmiques et endmiques pour protger, sinon daccrotre leurs privilges au dtriment du savoir. Pour daucuns, la pense khaldounienne nayant pas trouv de successeurs a fini par se perdre et disparatre avec lui. Pour dautres, le colonialisme des pays du Maghreb a entrepris de fausser le sens originel de La Mouqadima, en tant que riche patrimoine scientifique et culturel maghrbin, jusqu la dnaturer.

Ltude de la pense dIbn-Khaldoun par les mdivistes est dune importance cardinale. Elle doit tre relaye par des comparatistes afin dtudier les obstacles auxquels sest confront le dveloppement des Arabes.

Ibn-Khaldoun a tudi sa socit, son temps et son espace avec un esprit rigoureusement scientifique, tant sur les plans politique, conomique que social de lAfrique de Nord mdivale qui fait partie aujourdhui de la Gographie du sous-dveloppement. Lhomme, dit-on, est un microcosme, cest--dire quil reflte et son milieu et son poque. (1)

Le sous-dveloppement nest pas une fatalit mais un processus engendr par un immobilisme qui empche toute aspiration sociale vers le progrs.

Ce qui rend une pareille nation apte et idoine la colonisation. Ainsi, le retard combin sur la modernisation de la politique, de lconomie et de la culture conduit, en droite ligne, sur lapparition dune socit arrire, donc fatalement sous-dveloppe.

Cette situation de sous-dveloppement est favorise par la disparit entre la croissance dmographique et le dveloppement conomique assez lent. Cette situation grave nest pas traverse uniquement par lAfrique du Nord, mais par tout le monde arabe. Autrement dit, le sous-dveloppement nest rien dautre quun dsquilibre entre lessor dmographique et une stagnation, voire une rgression de la croissance conomique cratrice de richesses. Ibn-Khaldoun a pos la problmatique de la lacune sociale (2) du Maghreb arabe. Cette pense prsente, en soi, une dimension universelle qui se vrifie dans le temps et dans lespace. Ltat de sous-dveloppement endmique dans cette rgion est le mme dans le monde arabe, voire le Tiers monde. Ceci sexplique par le manque dune classe bourgeoise qui, non seulement possde, mais aussi dveloppe et modernise les moyens de production. Pour les conomistes, cette classe est un moteur essentiel pour lessor conomique comme le montre lOccident dans son ensemble. Cest ce qui fait dire Monteil quIbn-Khaldoun tait trop en avance sur son temps.

Ibn-Khaldoun ne pouvait se poser des interrogations de manire objective, la classe bourgeoise du fait quelle nexistait pas au 14 sicle, au Maghreb. Ce dernier, en dpit de certaines tentatives de renouveau explique Ibn-Khaldoun, a amorc son processus de dclin endmique. Aujourdhui, malgr que le sous-sol arabe foisonne de richesses inestimables -(75% des ressources nergtiques)-, le monde arabe, divis et faible, se vautre dans la misre et le sous-dveloppement. Il ny a ni solution, ni remde cette faiblesse sans pratiquer, au pralable, un scanner sociopolitique afin de dceler la racine du mal dont souffre toute la nation et lui trouver un traitement dattaque. Une autopsie a t entame partir du 19 sicle, avec un esprit critique scientifique manant de rformateurs denvergure tels que Djamel Eddine El-Afghani, Mohammed Abdou, Mohammed Ridha.

Ibn-Khaldoun a t le seul capable danalyser, de manire scientifique, la stagnation de sa socit fige dans une fixit cadavrique. Il a pens en visionnaire. LHistoire lui a donn raison.

Les efforts accomplis par les peuples orientaux pour faire progresser les connaissances des humains, prirent fin au XIII sicle aprs lchec des Arabes...

Ce sont dautres peuples [...], les Italiens, les Franais, les Allemands, les Anglais qui, veills aux XII et XIII par le bienfaisant des Arabes, ont balay ceux-ci de leur course et se servant de leurs travaux comme tremplin, sont arrivs au bout de quelques sicles obtenir des rsultats prodigieux. (3)

Ce qui a favoris la Renaissance en Europe partir du XV sicle, alors quelle tait en proie aux guerres et lobscurantisme auparavant. Selon Yves Lacoste, loeuvre dIbn-Khaldoun est tudie en Europe depuis plusieurs sicles. Daprs A. Megherbi, ce nest quau XX sicle quelle est enseigne timidement au Machreq arabe. Peut-tre est-elle mal apprhende, sinon dtracte.

De rares thses de doctorat sont prpares pour mettre en valeur limportance de loeuvre khaldounienne, la vulgariser et surtout la faire sortir de lombre, ne serait-ce quen direction de la communaut universitaire.

Le sociologue [est] lintellectuel privilgi dans un monde o lintellectualit est affecte de partialit et de mensonge. Cela signifie [...] que la sociologie est la forme principale dune critique radicale qui [...] dfinit la seule connaissance qui chappe la mauvaise foi. (4)

Cela montre quIbn-Khaldoun sest pos dj ces interrogations qui en suscitent, aujourdhui lintrt des historiens contemporains dans les domaines politique, conomique, social et mme culturel. Certains de ses dtracteurs lui reprochent de navoir pas dfini, de manire prcise et rigoureuse, les concepts utiliss de nos jours. Il ne le put pour:

1- ctait un intellectuel hors-pair, certes, mais pas un oracle.

2/ ayant vcu au XIVsicle, il ne pouvait cerner la problmatique de notre re, ni de notre aire de manire prcise et complte, en dpit de son gnie.

Il avait, sans conteste, suffisamment de gnie pour tout expliquer mais les Chefs en avaient davantage pour tout compliquer. Cest ce qui explique, en partie, certaines contradictions de sa pense, aujourdhui, notamment dans le monde arabe.

LHistoire est la jonction du pass avec le prsent afin dassurer un avenir meilleur dun peuple, dune nation, dun pays. Cest--dire repenser les problmes du pass pour mieux aplanir les cueils qui entravent lvolution sociale.

Les Prolgomnes dIbn-Khaldoun se sont imposs en tant quoeuvre majestueuse, partir du XIX sicle, en Europe occidentale, notamment. Les auteurs se sont rendu compte des traits gnraux de lvolution historique de cette oeuvre au point dtre rige au rang de philosophie de lHistoire ou de sociologie.

Ceci est d en raison de lhistoriographie qui fut, sans conteste, une des branches les plus prises de la production intellectuelle musulmane. Cest lhistoire qui fait le charme des assembles littraires, disait Ibn-Khaldoun.

Elle est, aussi, la partie essentielle des sciences arabes en ce quelle mne la sagesse et la comprhension des choses de la tradition et de la vie religieuse.

LHistoire est lune de ces branches de la connaissance; [...] elle est recherche lenvie par les rois et les grands et apprcie autant par les hommes instruits que par les ignorants. (5)

Cependant, loeuvre dIbn-Khaldoun nest pas seulement une simple continuation dune littrature historique. Elle est une rvolution dans la conception de lHistoire en tant que science sociale part entire. Notre auteur est, de ce fait, le prcurseur de nombre de penseurs europens connus sur la scne universelle tels que Machiavel, Spinoza, Montesquieu, Comte et bien dautres.

Linstabilit politique du XIVe sicle, au Maghreb, la incit orienter ses recherches vers une explication rationnelle des vnements pour aboutir une explication objective dnue, au maximum, dinterfrence et dinterprtation subjective. Telle parat la force intellectuelle majeure de loeuvre de cet intellectuel. Ibn-Khaldoun est un miracle arabe en ce quil appartient, la fois, au Moyen-Âge et aux temps modernes. Pour beaucoup dintellectuels, il est le pre de la sociologie moderne. Selon le Docteur A. Megherbi, Auguste Comte na invent que le vocable. Quant la mthodologie, notre gnie lavait dj pense et pratique. Ibn-Khaldoun avait le mrite de pouvoir sparer, de manire scientifique, le rationalisme rigoureux de la mystique religieuse qui tait trs forte en raison du rite malkite considr comme le plus austre et le plus rigide des coles musulmanes, parce quil refuse un intellect trop dbrid. Sa dmarche relve plus de la praxis pour comprendre ltat social de lhomme. Ce dernier vaut ce que vaut sa socit. Autrement dit, le milieu et la classe influent sur lindividu. Lhomme est, la fois, un produit et un producteur de sa culture.

Cette dernire nest jamais fige. Elle est, constamment en volution. Cest cette volution culturelle qui est mme de btir une nation nouvelle et de former un homme nouveau o le coeur ntouffe pas lesprit crateur. Ibn-Khaldoun a pu difier, son poque, une science sociale lchelle maghrbine, voire arabe. Il na pas omis de souligner la diversit (humaine) dans lunit (de lhumanit), la relativit dans labsolu, la pratique dans la thorie, le particulier dans le gnral. La particularit dIbn-Khaldoun est quil est, en mme temps, un mystique et un rationaliste. Cest un personnage exceptionnel au regard de son temps et en mme temps du ntre de par sa perception moderniste de lHistoire.

La pense historienne dIbn-Khaldoun, le dernier des grands penseurs de la civilisation arabe du Moyen-Âge, apparat comme un fruit suprieur, exceptionnellement mri, dun arbre dont la plupart des branches taient dj mortes et dont la croissance allait sinterrompre pour des sicles. (6) Dans Les Prolgomnes, Ibn-Khaldoun a esquiss un facteur des plus modernes et des plus dramatiques de nos jours: le sous-dveloppement en Occident arabe (Maghreb). Pour lui, lessor conomique, social et mme culturel a t entrav par des causes endognes plus quexognes, notamment par lincomptence politique et une mdiocrit conomique qui ne sont pas parvenues crer des moyens de production la hauteur des ambitions des peuples maghrbins de lpoque.

Les Prolgomnes sont, en fait, une raction contre lHistoire historisante. De mme -et cest trs important- Ibn-Khaldoun, dans son oeuvre, a voulu rfuter la thse que la sclrose arabe provient de lIslam en tant que religion de la paresse, de la fatalit et de la rsignation. LIslam na aucune part de responsabilit de la situation qui prvaut dans le monde arabe.

Enfin, il faut dire quIbn-Khaldoun est un gant hors pair du gnie humain qua connu le monde arabe. Cest un mtore. Il na pas eu de prdcesseur. Il na pas encore de successeur. Son arbre est-il dfinitivement mort? Esprons que non.


*Matre de Confrences
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HOUWIROU
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