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 le MP3 et le ravage sur l'audition

   
bousser5

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: 01/06/2008

: le MP3 et le ravage sur l'audition    30 2008 - 11:49




Tous ceux qui n'ont pas renonc aux plaisirs de la fte ont dj fait l'exprience suivante au moins une fois : dans un appartement peupl d'une cinquantaine de personnes consommant des boissons fortes, plusieurs jeunes gens, DJ d'un soir, rivalisent aux "platines". Ce n'est certes pas nouveau. Mais un ou deux dtails signalent qu'on a radicalement chang d'poque. D'abord, les ordinateurs portables, laptops, et autres cls USB ont remplac les platines vinyles qui avaient pourtant connu une nouvelle jeunesse il y a quelques annes. Ensuite, le volume est beaucoup plus fort. Et surtout personne ne danse : un comble. Pourquoi et comment en est-on arriv l ? La rponse pourrait tenir en deux lettres et un chiffre : MP3.
Ce nouveau standard audio qui s'est impos de fulgurante manire en quelques annes a dj suscit une abondance de commentaires. Si l'on en croit les majors du disque, il serait responsable lui seul de la mort du CD, de plans sociaux plus saignants qu'une srie B hollywoodienne et pourquoi pas du rchauffement climatique, de la pollution des ocans ou des dsquilibres gostratgiques, tant qu'on y est ?

Car tous absolument tous les dbats qu'a suscits cette nouvelle forme de partage de la musique ne se sont focaliss que sur les problmes juridiques qu'elle soulve : droit d'auteur, proprit intellectuelle, piratage ou "tlchargement lgal". Emblme d'une victoire de la raison conomique, le MP3 tait la technologie idale pour oublier tous les autres problmes esthtiques, techniques et sanitaires que cette nouveaut posait pourtant. Et qui continuent de se poser. Voici pourquoi et comment.

CULTE DU "BEAU SON"

L'homme qui parle dans ce caf du 9e arrondissement de Paris n'est pas un passiste crisp sur le bon vieux temps. Amateur clair de chansons franaises, animateur de la belle petite revue Je chante, Raoul Bellache ne peut rfrner une certaine nostalgie : "Je me souviens bien de cette priode o la hi-fi cotait assez cher mais o le grand public tait prt des sacrifices financiers pour un bon quipement. Et puis tout a bascul en cinq ou six ans. Trs peu de gens ont not que l'arrive du MP3 marque la premire fois qu'un retour en arrire est prsent comme un progrs. Tout le monde s'est habitu, y compris moi, parce que c'est trs pratique."

Pratique : le mot est lch. Evidemment, avant, c'tait moins pratique : le culte de la hi-fi et du "beau son", partag par un grand nombre d'auditeurs mlomanes ou pas, supposait l'acquisition d'un matriel souvent volumineux et les sacrifices financiers qui allaient avec. La diversit de l'offre comblait cette demande : dans toutes les gammes de prix, les fabricants proposaient des appareils ddis, qu'on mariait les uns aux autres avec cette illusion nave et belle de toucher la meilleure reproduction sonore possible. L'audiophilie de papa, c'tait a : la sensation qu'en appariant tel tourne-disque tel ampli et tel cble telle paire d'enceintes, on devenait le metteur en scne d'un film domestique dont le titre avait t invent par ECM, clbre label de jazz europen : "Le plus beau son aprs le silence "

Ce temps-l semble rvolu. L'auditeur d'autrefois, pour qui l'coute tait une activit noble laquelle il sacrifiait du temps, a laiss la place une "coute nomade" de la musique. En permettant de stocker dans un espace physique rduit une quantit norme de musique, le MP3 a invent une chose toute nouvelle : l'accumulation furtive. C'est--dire la capacit possder toujours plus de musique mais en profiter toujours moins, puisque dsormais le temps de l'coute se superpose d'autres occupations.

Le fantme de la gratuit a parachev le tableau d'une avance technique que tout le monde ou presque s'accorde trouver bonne. Ceux qui osent mettre la moindre critique son gard sont promptement assurs de se voir fltrir de l'pithte "ractionnaire" sur l'air bien connu du "c'tait mieux avant". Pourtant, il se pourrait que, dans le cas qui nous occupe, ce ft vraiment mieux avant. Et que a pourrait tre beaucoup mieux demain.

PERTE DE QUALITÉ DRASTIQUE

C'est quoi, au juste, le MP3 ? Juste un format d'encodage des donnes audio permettant de diviser par dix le poids d'un fichier informatique. Ainsi dmatrialise, la musique peut circuler plus vite d'ordinateur baladeur numrique. Mais au prix d'une mutilation indiscutable du signal d'origine et d'une perte de qualit drastique. C'est ce qu'explique Lionel Risler, l'un des ingnieurs du son les plus respects pour son travail d'orfvre en matire de restauration d'anciens enregistrements : "Dans le cas du MP3, on choisit arbitrairement d'enlever du signal tout ce qui est prtendument superflu. Mais sur des critres trs discutables. On rduit les informations pour gagner de la place de stockage. Au dpart, le MP3 n'a t conu que pour acclrer les flux des donnes sur Internet. Et puis on a ouvert la bote de Pandore, puisque cette circulation s'est faite sans aucune rgle."

Cette compression des donnes, qui a aussi ses partisans, s'ajoute un autre traitement du son, pratiqu depuis bien longtemps dans les musiques populaires : la compression dynamique. Schmatiquement, la compression dynamique consiste relever les niveaux faibles et abaisser les niveaux forts, bref gommer les contrastes qui donnent tout son relief la musique. L'intrt ? Rduire le volume d'informations, en vue d'un stockage ou d'une diffusion sur une bande passante limite radio ou Internet par exemple, tout en induisant une sensation de puissance sonore, partiellement artificielle.

"L'oreille n'est pas duque recevoir des signaux compresss, explique David Argellies, un jeune acousticien qui par ailleurs apprcie le "gros son". Les radios de jeunes sont plus fatigantes niveau quivalent, parce que l'oreille est habitue percevoir de forts contrastes dynamiques. Et la compression a tendance la flouer. C'est comme une illusion d'optique. A l'coute d'une musique compresse, dj perue comme plus forte , on aura tendance augmenter le volume pour retrouver du contraste."
E
n outre, le volume moyen d'un son dynamiquement compress peut tre rellement plus lev. Car pour rduire l'cart des variations d'une musique, il faut choisir un volume de rfrence; et si c'est le volume maximal du morceau qui est choisi, les niveaux faibles sont considrablement augments pour atteindre la diminution d'amplitude souhaite. "Prenez la publicit la tlvision, note David Argellies. On la peroit comme plus forte , car elle est plus compresse donc plus agressive."

Lorsqu'on parle d'agression, on aborde un terrain videmment sujet toutes les polmiques, mais qui ne peut pas se rduire un combat d'anciens contre modernes ou une croisade contre la musique de jeunes. Car depuis quelque temps, nombreux sont les scientifiques, parfois jeunes, qui tirent la sonnette d'alarme sur les consquences sanitaires dplorables que ces nouveaux modes d'coute auront invitablement sur les nouvelles gnrations.

Bernard Janssen, chirurgien ORL et chanteur lyrique de haut niveau il a fait carrire sous le nom de Bernard Sinclair est sans doute l'un des mieux placs pour analyser le phnomne : "Les gens qui coutent de la musique dans le mtro sont obligs de pousser le volume pour couvrir le bruit ambiant. C'est terrible, car ils peuvent s'envoyer jusqu' 140 dcibels dans les oreilles, alors que le seuil de douleur se situe 120. Jusqu' 70, a va encore. Certains chanteurs lyriques peuvent dvelopper 130 dcibels sans souci pour leur oreille, parce qu'ils projettent le son et qu'il y a des dfenses physiologiques. Mais il suffit d'une seule exposition ce volume pour subir un traumatisme qui dbouchera sur une surdit. C'est le traumatisme aigu. Il existe un traumatisme chronique, reprable chez les ouvriers de chantier mais aussi chez les gens qui coutent trop fort leurs baladeurs. C'est beaucoup plus insidieux car plus on perd l'audition, plus on monte le volume."

C'est dsormais un fait acquis : la compression dynamique, applique l'crasante majorit des musiques actuelles, ne fait qu'aggraver les nuisances dj bien connues d'un volume sonore excessif. Et cela vaut aussi pour les musiques apparemment les plus "douces". C'est ainsi que deux chercheurs amateurs de rock, Yann Coppier et Thierry Garacino, se sont livrs de savantes mesures sur l'volution de la compression dynamique en trente ans. Le rsultat est difiant : le morceau Rock and Roll de Led Zeppelin, peru au dbut des annes 1970 comme l'une des choses les plus violentes jamais enregistres, n'est que faiblement compress en comparaison de Quelqu'un m'a dit, premier tube de Carla Bruni.

C'est toute la perversit des traitements modernes du son : la ballade un peu doucetre de la dsormais premire dame de France se rvle, dans la froide objectivit des mesures scientifiques, bien plus dommageable pour l'appareil auditif que l'hymne hard rock de Led Zeppelin. Avec la compression, "on transforme la chane des Alpes en volcans d'Auvergne", rsume assez joliment Yves Cochet, concepteur historique de systmes haute-fidlit de pointe.

RÉAPPRENDRE À ÉCOUTER

Mais la disparition des contrastes n'est pas seulement une violence esthtique faite la vrit musicale, c'est aussi un vritable risque sanitaire dont les scientifiques commencent prendre la mesure. Des tudes rcentes ont montr qu'un appareil auditif dsaccoutum aux contrastes dynamiques ne pouvait que perdre de son acuit, et ce mme bas volume. Le spectre d'une pandmie de surdit prcoce est-il redouter ?

"Je vois arriver des jeunes de 18 ou 20 ans qui dveloppent dj de belles surdits, rsume avec fatalisme Bernard Janssen. Je suis trs alarmiste et je le dis clairement : il faudra lgifrer. Je ne suis pourtant pas trs optimiste : dans une poque si soucieuse de libert individuelle, chacun est videmment libre de devenir sourd".

Rapprendre couter, sensibiliser la qualit du son plutt qu' la quantit seront sans doute les seules solutions pour viter une crise sanitaire majeure. A moins que, d'ici peu, ne s'inventent de nouvelles technologies plus respectueuses de la sant publique que la compression dynamique et le MP3. Qui demeure, de l'avis gnral des spcialistes, le pire standard de toute l'histoire de la musique enregistre
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sujet report du journal Le Monde.fr "le monde de l'ducation" .
    
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: : le MP3 et le ravage sur l'audition    31 2008 - 11:53


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